La commande publique française souffre d'un problème de représentation. Quand une entreprise n'y répond pas, c'est rarement au terme d'une analyse : c'est parce qu'elle imagine des dossiers interminables, des montants hors de portée, et des concurrents déjà installés.

Cette représentation n'est presque jamais vérifiée. Nous l'avons vérifiée.

Nous avons analysé les 103 484 marchés publics notifiés entre le 1er janvier 2024 et le 31 juillet 2026 dans les dix-neuf départements de Provence-Alpes-Côte d'Azur et d'Occitanie, à partir des données essentielles de la commande publique, que chaque acheteur public a l'obligation de publier.

Le portrait qui en ressort ne correspond pas à l'image.

Un marché sur trois est une petite procédure adaptée

Sur les 103 484 marchés du périmètre, 33 730 sont à la fois une procédure adaptée et d'un montant inférieur à 100 000 euros, soit 32,6 %.

MarchésPart
Périmètre analysé103 484100 %
Procédure adaptée58 03956,1 %
Montant inférieur à 100 000 euros48 75747,1 %
Les deux à la fois33 73032,6 %

La procédure adaptée est celle où l'acheteur définit lui-même les modalités, sans le formalisme de l'appel d'offres européen. Les dossiers y sont plus courts, les délais plus souples, et la relation avec l'acheteur plus directe.

Faut-il viser des marchés à plusieurs millions ?

Non. Près d'un marché sur deux attribué dans nos deux régions se situe sous 100 000 euros.

Tranche de montantMarchésPart
Moins de 60 000 euros32 71031,6 %
De 60 000 à 100 000 euros16 04715,5 %
De 100 000 à 500 000 euros35 94034,7 %
Plus de 500 000 euros18 78718,2 %

Les tranches sont calées sur les seuils du code de la commande publique en vigueur depuis le 1er avril 2026, et non sur des paliers arbitraires.

Cette répartition intéresse tout le monde, et pas pour les mêmes raisons. Une structure de quelques personnes y découvre que l'essentiel du marché est à sa portée. Une entreprise établie y découvre l'inverse : les gros marchés qu'elle vise représentent moins d'un cinquième des attributions, et elle ignore les quatre cinquièmes restants, souvent moins disputés et plus rapides à traiter.

Une tranche mérite une attention particulière, et elle vient de s'élargir. Depuis le 1er avril 2026, un acheteur public peut passer un marché sans publicité ni mise en concurrence préalables en dessous de 60 000 euros hors taxes pour les fournitures et les services, et de 100 000 euros pour les travaux. Le seuil précédent, fixé à 40 000 euros, a été relevé par le décret du 29 décembre 2025.

Sur notre périmètre, 32 710 marchés, soit 31,6 %, se situent sous ce nouveau seuil de 60 000 euros. Pour ceux-là, l'acheteur choisit un prestataire qu'il connaît, ou qu'il trouve. Aucune veille ne les fait apparaître avant qu'ils ne soient attribués. Y être visible et identifié compte alors davantage que savoir répondre à un dossier.

Quelles procédures sont réellement utilisées ?

ProcédureMarchésPart
Procédure adaptée58 03956,1 %
Appel d'offres ouvert36 21735,0 %
Marché passé sans publicité ni mise en concurrence6 5986,4 %
Procédure avec négociation1 8261,8 %
Appel d'offres restreint7400,7 %
Dialogue compétitif640,1 %

L'appel d'offres ouvert, celui auquel tout le monde pense quand on dit « marché public », ne représente qu'un tiers des attributions. La procédure adaptée en représente la majorité.

À noter aussi : 6 598 marchés, soit 6,4 %, ont été passés sans publicité ni mise en concurrence préalable. Ce sont des marchés attribués directement, à un prestataire déjà connu de l'acheteur. Aucune veille ne permet de les capter : seule une relation établie en amont y donne accès. Pour une entreprise qui travaille déjà avec des collectivités, c'est un gisement invisible depuis les plateformes de publication.

Quels départements offrent le plus d'opportunités ?

RangDépartementRégionMarchés attribués
1Bouches-du-Rhône (13)PACA18 208
2Haute-Garonne (31)Occitanie12 480
3Hérault (34)Occitanie11 194
4Alpes-Maritimes (06)PACA10 197
5Var (83)PACA9 956
6Gard (30)Occitanie6 520
7Pyrénées-Orientales (66)Occitanie5 249
8Vaucluse (84)PACA4 185
9Aude (11)Occitanie3 721
10Tarn-et-Garonne (82)Occitanie3 135

Suivent les Hautes-Alpes (2 530), les Hautes-Pyrénées (2 473), les Alpes-de-Haute-Provence (2 375), l'Ariège (2 312), l'Aveyron (2 299), le Gers (2 139), le Tarn (2 034), le Lot (1 256) et la Lozère (1 221).

Le classement en nombre de marchés n'est pas celui des opportunités réelles. Un département moins peuplé publie moins de marchés, mais la concurrence y est aussi plus faible. Un département de rang moyen offre souvent un meilleur rapport entre effort et chances de succès qu'une métropole.

Le rythme est-il stable ?

PériodeMarchés notifiés
202442 172
202544 686
2026, jusqu'au 31 juillet16 626

Le volume est stable entre 2024 et 2025. Le chiffre de 2026 ne doit pas être lu comme un effondrement : il court sur sept mois, et surtout un marché n'apparaît dans les données qu'une fois sa donnée publiée par l'acheteur, ce qui prend souvent plusieurs mois. Les mois récents se remplissent encore.

Ces chiffres sont-ils fiables ?

C'est la question qu'il faut poser à toute statistique sur la commande publique, et nous préférons y répondre nous-mêmes.

Nous ne publions aucun montant agrégé. La somme brute des montants est faussée par les accords-cadres : leur montant maximum est souvent répété à l'identique sur chacun de leurs lots. Sur un seul département, nous avons relevé six marchés affichant 399 996 000 euros chacun, pour différents lots d'un même contrat-cadre. Un très petit nombre de lignes suffit alors à porter la majorité d'un total. Nous comptons donc des marchés, pas des euros, et nous invitons à se méfier des publications qui font l'inverse.

Le nombre d'offres reçues n'est pas exploitable. Ce serait la donnée la plus utile, celle qui dirait à un candidat combien de concurrents il affronte. Le champ existe, mais il est très majoritairement non renseigné, avec des codes de substitution plutôt que des valeurs. Nous ne publions donc aucune moyenne de ce type.

Les petits marchés sont sous-représentés, et c'est structurel. L'obligation de publier les données essentielles s'applique à partir de 40 000 euros hors taxes, avec un régime déclaratif allégé entre 25 000 et 40 000 euros. Les marchés situés sous ces seuils n'ont donc pas vocation à figurer systématiquement dans les données. Nous comptons 14 628 marchés sous 25 000 euros dans notre périmètre : le chiffre réel est nécessairement plus élevé. Autrement dit, la part des petits marchés que nous mesurons est un plancher, pas un plafond. Cela renforce la conclusion de cet article au lieu de l'affaiblir.

Attention aux jeux de données homonymes. Le portail public expose plusieurs jeux de données dont les noms prêtent à confusion : celui qui semble le plus récent s'arrête en réalité en février 2024, tandis que celui dont le nom évoque 2022 est alimenté en continu. Nous nous sommes nous-mêmes fait prendre lors d'une première analyse. Toute publication sur ce sujet devrait indiquer la date de la dernière notification présente dans sa source. Pour cet article : 31 juillet 2026.

Comment nous avons procédé. Données issues du portail public data.economie.gouv.fr, jeu des marchés valides au format de l'arrêté de 2022. Le département est déduit du préfixe du code du lieu d'exécution. Les agrégations sont calculées directement par l'interface publique du portail, ce qui rend chaque chiffre de cet article reproductible par n'importe quel lecteur.

Ce qu'il faut en retenir

La commande publique de nos deux régions n'est pas ce que les entreprises imaginent. Elle est faite, pour un tiers, de procédures adaptées de moins de 100 000 euros, attribuées par des acheteurs locaux. Le grand appel d'offres formel, celui qui décourage, est minoritaire.

La difficulté n'est donc pas la taille de l'entreprise. Elle est de repérer, parmi les 40 000 et quelques consultations publiées chaque année dans nos deux régions, les quelques dizaines qui correspondent vraiment à votre activité, puis de monter un dossier solide dans le délai imparti.

C'est exactement le travail que nous automatisons.